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Le One Ocean Summit, pourquoi ?

Le One Ocean Summit a réuni à Brest du 9 au 11 février des scientifiques, des acteurs économiques et politiques internationaux en vue de prendre des engagements pour renforcer la gouvernance internationale de l’océan. Ce sommet préparé en coopération avec les Nations Unies et la Banque mondiale s’intègre dans le cadre de la présidence française du conseil de l’Union européenne à l’initiative du Président de la République Emmanuel Macron.


Quelles sont les motivations de ce premier sommet international consacré à la préservation de l’océan ?


Un chapitre entier du dernier rapport du GIEC sorti le 9 août 2021 est consacré aux changements de l’océan, du niveau de la mer à la cryosphère. En effet, l’océan a une place centrale en tant que moteur et régulateur du climat de la Terre. Ainsi, les lourdes conséquences des changements liés aux dérèglements climatiques incluent l’augmentation du niveau de la mer, l’état de la biodiversité marine mais également des impacts sociétaux majeurs. De nombreux secteurs ont perçu pendant des décennies les fonds marins comme puits de ressources à exploiter, à l’origine d’une détérioration progressive et de réflexions sur notre rapport aux milieux naturels. Ainsi, le One Ocean Summit a eu vocation à partager les connaissances et croiser les perspectives afin de donner une impulsion politique forte à l’agenda tant européen qu’international sur les enjeux maritimes et d’anticiper les crises océaniques.


Les 9 et 10 février, l'événement s’est organisé autour d’une série d’ateliers, de forums et de tables-rondes. C’est le 11 février que les chefs d’Etats et représentants se sont réunis pour afficher leurs ambitions. La protection de la biodiversité marine, la multiplication des réserves de biosphère, l’accélération de la recherche scientifique, l’exploration des fonds marins, la lutte contre la pollution plastique, la coalition internationale, la décarbonisation constituaient l’ordre du sommet.


« Nous avons besoin d’un accord qui assure le plus haut niveau d’ambition possible » a réclamé John Kerry, politique américain chargé de la lutte contre le réchauffement climatique


Quels sont les principaux engagements ?


  • Poursuivre la création d’aires marines protégées et soutenir l’objectif mondial de 30% d’aires protégées d’ici 2030 dans la nouvelle stratégie mondiale de la biodiversité qui sera adoptée à la COP 15 Biodiversité. A cet égard, le Comité français de l’UICN salue l’atteinte par la France cet objectif par l’extension de la réserve Naturelle des Terres Australes Françaises.


  • Ursula von der Leyen a annoncé le lancement d’une coalition comptant les 27 Etats membres de l’UE et 13 autres pays pour conclure un traité ambitieux destiné à protéger la haute mer. Les négociations autour de ce traité ont débuté en 2018 sous l’égide de l’ONU mais avaient été interrompues par la pandémie de Covid-19. La quatrième et théoriquement dernière session de négociations est prévue en mars à New York.


  • Avec 9 millions de tonnes de plastique rejetées chaque année dans les océans, la lutte contre la pollution plastique a fait consensus pour engager la rédaction d’un traité international contraignant, à l’ANUE 5 qui se tiendra fin février à Nairobi. De plus, des financements publics européens vont unir leurs ressources pour un montant de 4 milliards d’euros d’ici 2025, dans le cadre de l’initiative “Clean Oceans Initiative”.


  • La création de Green Marine Europe, un label européen pour un engagement écologique des armateurs impliquant des mesures concrètes concernant les émissions atmosphériques, la gestion des matières résiduelles, le bruit des sous-marin ou encore le recyclage des navires (22 armateurs européens sont labélisés ou candidats au label, selon le ministère de la mer)


  • L’UNESCO s’est engagée à ce que 80% des fonds marins soient cartographiés d’ici 2030. 3 axes sont définis pour atteindre cet objectif d’un coût de 5 milliards d’euros :

- la mobilisation d’une flotte de 50 navires spécialement dédiée à la cartographie

- l’intensification du recours au sonar sur navire autonome

- transmissions par les gouvernements et les entreprises des données cartographiques

Quant à cela, certains scientifiques restent sur leurs gardes, craignant que ces explorations visent à devenir des exploitations.


  • La France a rappelé sa volonté d’agir au niveau national, en s'engageant notamment à traiter sous 10 ans les décharges abandonnées de ses littoraux présentant des risques de rejet de plastiques.


  • D’autres sujets ont été mis en évidence comme la réduction des émissions de gaz à effet de serre du secteur maritime, non concerné par l’Accord de Paris sur le climat, ou encore la préservation de l’Antarctique ou la suppression des subventions publiques encourageant la surpêche et la pêche illicite actuellement discuté à l’Organisation Mondiale du Commerce.


C’est ainsi que le One Ocean Summit marque le début de l’année 2022, ouvrant une série d’évènements internationaux incluant les négociations BBNJ (Biodiversity beyond national jurisdiction) en mars à New York, l’ANUE 5, la conférence de Palau, la COP 15 Biodiversité, la conférence des Nations Unies sur l’Océan en juin à Lisbonne pour la COP 27 pour le climat à Charm el Cheikh. Les engagements pris à Brest doivent y être honorés et concrétisés selon le Comité français de l’UICN.



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