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La 6ème limite planétaire a été franchie cette semaine

Une sixième limite planétaire vient d’être franchie. C’est ce qu’annonce l’étude “A planetary boundary for green water” publiée dans la revue Nature le 26 avril par des chercheurs du Stockholm Resilience Center et du Potsdam Institute.


Que sont les limites planétaires ?


Défini en 2009 par le groupe de 28 scientifiques mené par Johan Rockstrom au Stockholm Resilience Centre, le cadre des limites planétaires délimite l’espace de fonctionnement sûr pour l’humanité. Il identifie neuf seuils au-delà desquels la civilisation pourrait s’effondrer, mettant en évidence les pressions humaines sur les processus biophysiques qui régulent l’état et la résilience du système terrestre. Ainsi, chaque limite est associée à une variable de contrôle qui permet de suivre les risques d'impact sur le système terrestre. Cinq d’entre ces limites ont déjà été franchies : le changement climatique, l’intégrité de la biosphère, les cycles biogéochimiques, le changement du système terrestre et, en janvier cette année, la pollution par les plastiques et d’autres substances d’origine humaine.




La limite de l’eau douce


L’eau douce vient officiellement de rejoindre la catégorie des frontières transgressées, alors que jusqu’à présent, la limite était considérée en zone de sécurité. Pour cause, la limite initiale de l’eau douce ne concernait que “l'eau bleue” - provenant des rivières, lacs, nappes phréatiques - et se fondait sur la consommation humaine de 4000km3/an d’eau non retournée sous forme de ruissellement. Cette étude apporte une nouvelle perspective, intégrant le rôle de “l’eau verte” - soit la part de l’eau issue des précipitations atmosphériques absorbée par les végétaux, en particulier de l’humidité du sol pour assurer la résilience de la biosphère, garantir les puits de carbone terrestre et réguler la circulation atmosphérique.



Si le cycle de l’eau est directement influencé par les pressions humaines, il a un impact direct sur les dynamiques écologiques, climatiques, biogéochimiques et hydrologiques. Lan Wang-Erlandsson, co-auteur de l'étude, a déclaré : « L’eau est la circulation sanguine de la biosphère. Mais nous sommes en train de modifier profondément le cycle de l’eau. Cela affectera la santé de la planète entière et la rendra beaucoup moins résistante aux chocs ». Le rapport explique qu’en période de sécheresse, le manque d’humidité des sols provoque une augmentation de la mortalité de la végétation, en particulier pour les plantes comme les arbres tropicaux qui n’ont généralement pas de stratégie d’adaptation à la sécheresse. De plus, les anomalies de l’humidité du sol dans la zone des racines influencent également le cycle du carbone terrestre. En effet, les modifications de l’humidité des sols dans le cadre d’un scénario à fortes émissions de carbone, risquent de faire passer les terres d’un puits net de carbone à une source de carbone d’ici le milieu du siècle.



Ce processus se manifeste déjà par la diminution de la résilience d’écosystèmes critiques tels que les forêts tropicales de l'Amazonie et du Congo, qui sont pourtant des réservoirs de biodiversité et de carbone essentiels à l’humanité. En effet, ces deux biomes sont considérés comme vitaux pour les systèmes de fonctionnement de la Terre. Arne Tobian, co-auteur de l’étude et doctorante au Stockholm Resilience Centre et au Potsdam Institute for Climate Impact Research a annoncé à cet égard : "La forêt tropicale amazonienne dépend de l'humidité du sol pour sa survie. Mais il est évident que certaines parties de l'Amazonie sont en train de s'assécher. La forêt perd l'humidité du sol en raison du changement climatique et de la déforestation. Ces changements rapprochent potentiellement l'Amazonie d'un point de basculement où de grandes parties pourraient passer de la forêt tropicale à un état de type savane."


Cette situation ne concerne pas seulement l’Amazonie et le Congo, l’étude témoigne d’un phénomène mondial : de plus en plus, les sols anormalement humides et secs deviennent une normalité qui affecte les forêts boréales, tropicales mais aussi les terres agricoles. Les conséquences météorologiques des changements climatiques entraînant des sécheresses, déluges, et les changements d’affectation des sols contribuent, en plus, aux forts assèchements des sols. Mme Wang-Erlandsson est claire : la détérioration continue du fonctionnement des systèmes terrestres augmentera le risque de changements de régime environnemental régional. L’humanité doit agir pour inverser ces changements croissants et revenir dans une zone sûre.



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